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Neuropathie après une chimiothérapie : comment aider vos nerfs à se réparer

Pieds nus posés sur la mousse en forêt de montagne : retrouver ses sensations après une neuropathie périphérique due à la chimiothérapie

Le traitement est terminé. Vous avez traversé le plus dur — et pourtant vos pieds brûlent la nuit, vos doigts fourmillent, vous ne sentez plus tout à fait le sol sous vos pas.

Si vous lisez ces lignes, c’est sans doute votre quotidien, ou celui d’un proche. Je veux d’abord vous dire une chose : ce que vous ressentez est réel, connu, et vous n’y êtes pour rien. Et croyez-moi, il y a beaucoup à faire.

Pourquoi les mains et les pieds « parlent » encore après la chimio

Certaines chimiothérapies — les sels de platine, les taxanes, entre autres — abîment les fibres nerveuses les plus longues du corps, celles qui vont jusqu’au bout des orteils et des doigts. C’est pour cela que tout commence « en chaussettes et en gants » : fourmillements, engourdissement, brûlures, sensation de marcher sur du coton.

C’est très fréquent. Environ deux personnes sur trois sont concernées dans le mois qui suit la fin du traitement, et encore une sur trois six mois plus tard ou davantage.

Ces chiffres disent deux choses. La première : chez beaucoup, cela s’améliore avec le temps. La seconde : un nerf se répare lentement. Je pense souvent à la forêt après une tempête — elle repousse, mais à son rythme, et il ne sert à rien de tirer sur les jeunes pousses pour les faire grandir. Notre rôle, c’est de préparer le terrain.

Ce que la science dit honnêtement

Le pharmacien que je suis vous doit la vérité : il n’existe pas de produit miracle. Les recommandations internationales ne retiennent aujourd’hui qu’un seul médicament pour les formes douloureuses installées, la duloxétine, avec un bénéfice qui reste modeste. Si la douleur vous empêche de dormir ou de marcher, c’est une piste à évoquer avec votre médecin ou votre oncologue.

Mais entre « rien à faire » et « produit miracle », il y a tout un territoire. C’est celui que j’explore depuis plus de trente ans : nourrir le nerf, apaiser localement, remettre le corps en mouvement. Rien de tout cela ne remplace votre suivi — tout cela le complète. Et si vous êtes encore sous traitement, montrez simplement cet article à votre équipe soignante avant de prendre un complément.

Nourrir le nerf : mon approche fonctionnelle

Je me souviens d’une personne qui devait se faire opérer du canal carpien. La date est fixée. En attendant, elle prend des vitamines du groupe B, notamment de la B6. Et l’amélioration est telle qu’elle annule l’opération !

Ce n’est pas votre situation, je le sais bien : là, un nerf comprimé au poignet ; ici, des nerfs fragilisés par un traitement. Et un cas ne fait pas une preuve — le pharmacien que je suis ne l’oublie pas. Mais cette histoire m’a appris une chose que je n’ai jamais oubliée.

Un nerf, ça se nourrit.
Assiette de sardines et maquereau grillés, épinards, lentilles, œuf, noix et avocat : vitamines B et oméga-3 pour nourrir les nerfs
Petits poissons gras, légumes verts, lentilles, œufs, noix : l’assiette qui nourrit le nerf.

D’abord, on mesure

Avant de complémenter, je suggère toujours un bilan sanguin : vitamines B12, B1, B9 et B6, vitamine D, magnésium, glycémie. Une carence en B12 ou un sucre mal équilibré entretiennent à eux seuls une neuropathie — autant ne pas passer à côté. Votre médecin peut vous le prescrire.

Les vitamines B, avec doigté

Les vitamines B sont les vitamines du nerf, en particulier la B1 et la B12. Quant à la B6, celle-là même qui a aidé cette personne, elle demande du doigté : à forte dose et sur la durée, elle peut elle-même irriter les nerfs. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’autorité européenne de sécurité des aliments a abaissé en 2023 sa limite de sécurité à 12 mg par jour.

Plus n’est pas mieux. Un complexe B bien équilibré, choisi avec votre pharmacien, vaut mieux qu’une « cure de choc ».

Les oméga-3 et l’assiette

Les oméga-3 — sardines, maquereaux, harengs, ou un complément de qualité — participent à la structure des membranes nerveuses et calment l’inflammation. Les études dans ce contexte précis sont encore peu nombreuses, mais encourageantes.

Enfin, deux gestes simples pèsent lourd : limiter l’alcool, qui est toxique pour le nerf, et éviter les montagnes russes du sucre.

Soulager localement : huiles essentielles et hydrolat

C’est là que la nature m’émerveille toujours. Trois huiles essentielles ont ma préférence : l’hélichryse italienne (l’immortelle), la lavande fine et le géranium rosat. Diluées dans une huile végétale, elles s’appliquent en massage doux sur les zones sensibles, matin et soir.

On peut aussi préparer un mélange plus complet, en associant l’immortelle au ciste, à la lavande fine et à l’encens (oliban). Voici celui que je propose.

Mon mélange pour les zones sensibles

Dans un flacon de 50 ml d’huile végétale de sésame, ajoutez :

  • 5 gouttes d’huile essentielle d’hélichryse italienne (immortelle)
  • 5 gouttes d’huile essentielle de ciste
  • 5 gouttes d’huile essentielle de lavande fine
  • 5 gouttes d’huile essentielle d’encens (oliban)

Agitez doucement, puis massez régulièrement les zones sensibles.

Flacon d'huile essentielle d'hélichryse italienne et hydrolat en spray à côté d'un bouquet d'immortelle
L’immortelle, en huile essentielle ou en hydrolat.

Si votre peau est fragilisée par les traitements, commencez par l’hydrolat d’hélichryse, en brumisation ou en compresse fraîche : plus doux, souvent très bien toléré. Dans tous les cas, faites d’abord un essai sur une petite zone, et observez.

Où trouver des produits de qualité ?

La qualité fait toute la différence. Voici deux adresses en qui j’ai confiance : Essenciagua, distillerie artisanale et bio en Lozère, pour les huiles essentielles et les hydrolats ; et Sunday Natural, pour les vitamines B et les oméga-3.

Le rituel du soir : l’huile tiède

Voici un geste très ancien, que je recommande depuis des années. Il ne coûte presque rien, et il change souvent les nuits.

Automassage de la plante du pied à l'huile de sésame tiède le soir, avec un bol d'huile et des chaussettes en coton
Cinq minutes, chaque soir
  1. Faites tiédir un peu d’huile de sésame dans un bol. Testez la température au poignet : vos pieds peuvent ne plus sentir le chaud.
  2. Massez lentement un pied, puis l’autre : la plante, chaque orteil, la cheville.
  3. Enfilez des chaussettes en coton, et allez vous coucher.

La chaleur douce, le toucher, la lenteur : tout cela « reparle » au nerf et prépare le sommeil. Et c’est aussi un moment où vous reprenez contact avec vos pieds, au lieu de les subir.

Bouger pour réveiller les nerfs

C’est peut-être le conseil le plus important. La marche quotidienne, les exercices d’équilibre — tenir sur un pied près d’un appui —, marcher pieds nus chez soi sur des textures différentes : le mouvement rééduque la sensation. Ici, dans les Hautes-Vosges, le sentier n’est jamais deux fois le même — et c’est précisément ce dont le pied a besoin pour réapprendre.

L’acupuncture donne aussi des résultats intéressants chez certains. Et si l’équilibre vous inquiète, un kinésithérapeute saura vous guider.

Protéger vos pieds et vos mains au quotidien

Quand on sent moins, on se protège autrement. Quelques habitudes suffisent.

  • Regardez vos pieds chaque soir : une petite plaie peut passer inaperçue.
  • Vérifiez l’eau du bain ou de la douche avec le coude.
  • Portez des chaussures fermées et stables, même à la maison si l’équilibre est incertain.
  • Éclairez vos trajets de nuit, et dégagez les tapis qui glissent.

Mieux, pareil ou moins bien ?

La récupération d’un nerf se compte en mois, parfois davantage. Mais chaque soir où vous prenez soin de vos pieds, chaque marche, chaque assiette qui nourrit, vous redevenez acteur de votre santé.

Alors, dans quelques semaines, posez-vous simplement la question : mieux, pareil ou moins bien ? Et avançons à partir de là.

Une question sur votre situation ?

Chaque histoire est différente. Écrivez-moi.

Vos questions

Combien de temps dure une neuropathie après une chimiothérapie ?

Cela varie beaucoup d’une personne à l’autre et selon le traitement reçu. Chez beaucoup, les symptômes s’atténuent dans les mois qui suivent ; environ une personne sur trois en garde encore six mois après ou davantage. Un nerf se répare lentement : la régularité des soins compte plus que leur intensité.

Quelles vitamines pour les nerfs après une chimio ?

Surtout les vitamines B1 et B12, après un bilan sanguin pour vérifier d’éventuelles carences. La vitamine B6 se prend à dose modérée uniquement : à forte dose et sur la durée, elle peut elle-même irriter les nerfs.

Quelle huile essentielle contre les fourmillements et les brûlures ?

J’utilise surtout l’hélichryse italienne, la lavande fine et le géranium rosat, diluées dans une huile végétale et appliquées en massage doux. On peut aussi associer immortelle, ciste, lavande fine et encens : cinq gouttes de chacune dans 50 ml d’huile de sésame. Sur une peau fragile, l’hydrolat d’hélichryse est une bonne première étape.

Sources

  • Seretny M. et al., « Incidence, prevalence, and predictors of chemotherapy-induced peripheral neuropathy », Pain, 2014. doi:10.1016/j.pain.2014.09.020
  • Loprinzi C. L. et al., « Prevention and Management of Chemotherapy-Induced Peripheral Neuropathy in Survivors of Adult Cancers: ASCO Guideline Update », Journal of Clinical Oncology, 2020. doi:10.1200/JCO.20.01399
  • EFSA, avis scientifique sur l’apport maximal tolérable en vitamine B6, 2023.

Cet article partage mon expérience et ne remplace pas l’avis de votre médecin.

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