Les oiseaux ramènent les enfants à la maison

Ashaninkas et bain de forêt : deux façons de se reconnecter à la nature | François Tournay
Newsletter · Septembre 2026

Les oiseaux ramènent
les enfants à la maison

Délégation ashaninka en visite dans une distillerie de plantes en Lozère
La délégation ashaninka, de passage en Lozère — un peuple de la forêt amazonienne.

Première partie

Ce que la forêt sait

Il y a quelques jours, une délégation d'Ashaninkas — ce grand peuple de la forêt amazonienne, réparti entre le Pérou et l'État brésilien de l'Acre — a fait halte en Lozère, dans une distillerie de plantes que je connais bien pour y animer régulièrement des formations. Je n'y étais pas. C'est Laurent, son fondateur, qui m'a rapporté les échanges qu'il a eus avec eux. Et ce qu'il m'a raconté ne m'a plus quitté.

Deux histoires, surtout. La première : chez eux, lorsqu'un enfant se perd dans la forêt, ce sont les oiseaux qui le ramènent à la maison. Ils l'ont dit tranquillement, sans effet, comme on dirait que l'eau descend la pente. La seconde, plus bouleversante encore : dès que le bébé est dans le ventre de sa mère, il est déjà initié à la forêt. Par elle. Ce qu'elle mange, ce qu'elle écoute, les lieux où elle marche, les paroles qu'elle adresse à cet enfant qu'elle ne voit pas encore — tout cela le prépare à vivre avec les arbres, les rivières, les animaux. La forêt n'est pas un décor que l'on découvre en naissant. Elle est là avant le premier souffle.

Le pharmacien que je suis, trente ans de comptoir et de prudence scientifique, a voulu vérifier — déformation professionnelle. Et ce que j'ai lu ne contredit rien, bien au contraire. Les ethnologues qui ont vécu chez les Ashaninkas rapportent que les femmes enceintes veillent à ce qu'elles consomment, parce que l'enfant pourrait acquérir les caractéristiques des animaux mangés pendant la grossesse ; on évite la tortue, de peur que le petit ne soit lent. Voilà donc cette initiation dès le ventre, écrite noir sur blanc.

Pour les oiseaux, c'est la cosmologie tout entière qui éclaire le récit. Dans le monde ashaninka, les bons esprits peuvent prendre la forme d'animaux qui possèdent un pouvoir refusé aux humains — comme l'oiseau, qui vole. Un enfant guidé par les oiseaux n'est donc pas une simple image poétique : c'est la forêt, habitée, bienveillante, qui reconduit l'un des siens. Dans leurs mythes, la forêt, les rivières, les animaux et les hommes ont été créés par le souffle de Pawa, le père de toutes les créatures, et beaucoup de ces créations sont d'anciens êtres humains transformés. Autrement dit, l'arbre et l'oiseau sont de la famille. On ne se perd pas chez les siens.

Un détail m'a saisi. L'anthropologue Gerald Weiss note que les Ashaninkas attendent un temps où « la terre parlera de nouveau ». Parlera de nouveau. Comme si, un jour, nous l'avions tous entendue — et que nous avions simplement cessé d'écouter.
Rencontre avec la délégation ashaninka autour des plantes, en Lozère
Autour des plantes et de la distillation — la rencontre rapportée par Laurent.

Deuxième partie

Ce que la science mesure

À l'autre bout du monde, un immunologue de la Nippon Medical School de Tokyo, le Dr Qing Li, a passé vingt ans à écouter la forêt avec des tubes de prélèvement. Son objet d'étude porte un joli nom japonais : le shinrin-yoku, le « bain de forêt », une promenade lente et sans but sous les arbres, que les Japonais pratiquent depuis les années 1980.

Ses résultats, publiés dans des revues à comité de lecture, sont d'une netteté qui réjouit le scientifique en moi. À partir de 2005, des adultes en bonne santé partent trois jours et deux nuits en forêt. Avant, pendant et après, on mesure dans leur sang l'activité des cellules NK — les natural killers, ces lymphocytes de première ligne qui neutralisent cellules infectées et cellules tumorales — ainsi que les protéines qu'elles utilisent pour le faire : perforine, granzymes, granulysine. Résultat : l'activité NK et le nombre de cellules qui expriment ces protéines augmentent nettement, et l'adrénaline urinaire baisse. Plus étonnant encore, l'effet persiste plus de trente jours après le séjour — d'où la suggestion de Li qu'un bain de forêt mensuel suffirait à maintenir ce niveau. Le groupe témoin, envoyé en visite touristique en ville, ne montre rien de tel.

Comment la forêt fait-elle cela ? Li a isolé une partie de la réponse dans l'air lui-même : les phytoncides, ces composés volatils que les arbres, surtout les résineux, émettent pour se défendre — alpha-pinène, bêta-pinène, limonène. Diffusés dans une chambre d'hôtel à partir d'huile essentielle de cyprès hinoki, ils reproduisent en partie l'effet des promenades sur les cellules NK. L'aromathérapeute que je suis aussi n'a pas boudé son plaisir en lisant cela. Ses travaux plus récents ajoutent une hausse de la sérotonine sérique et une amélioration de l'humeur et du sommeil chez des hommes d'âge mûr après un bain de forêt.

Restons honnêtes, comme il l'est lui-même : ce sont des études sur de petits groupes, des biomarqueurs et non des maladies évitées. Mais la direction est constante, d'une étude à l'autre, depuis vingt ans. Et elle pointe exactement là où les Ashaninkas nous invitaient à regarder.

Et nous, dans nos forêts ?

Je vous écris depuis le chalet. En face, le massif vosgien commence à rougir par endroits, et la forêt qui monte derrière la chapelle bruisse de tout ce que je ne sais pas nommer. Combien d'oiseaux ce matin ? Je serais bien en peine de le dire. Et vous, quand avez-vous pour la dernière fois marché dans une forêt sans téléphone, sans montre, sans but ?

Ce que nous disent les Ashaninkas et ce que mesure le Dr Li ne demandent ni croyance ni voyage. Les uns ont bâti chez eux des écoles des « savoirs de la forêt » ; l'autre a fondé une société internationale de médecine forestière. La leçon est la même, d'une simplicité désarmante : la nature n'est pas quelque chose que l'on va voir. C'est quelque chose dont on fait partie — avant même de naître, disent les uns ; jusque dans nos globules blancs, dit l'autre.

Alors voici mon invitation, sans ordonnance. Cette semaine, prenez une heure. Entrez dans un bois, celui qui est le plus proche de chez vous, même petit, de préférence avec des résineux. Ne cherchez rien. Respirez. Restez debout, ou assis, jusqu'à ce que les oiseaux oublient votre présence et reprennent leur conversation. Puis rentrez, et demandez-vous, comme je le fais après chaque marche : mieux, pareil ou moins bien ?

Croyez-moi, la réponse vient vite. Et qui sait — peut-être qu'un jour, si vous vous égarez, un oiseau vous ramènera à la maison.

À très bientôt sous les sapins,

François Tournay
Docteur en pharmacie · Conseil en santé naturelle
Références & sources

Sur les Ashaninkas

  1. Survival International, « Les Asháninka » (galerie photo et notices) — survivalinternational.fr/galeries/ashaninka
  2. Encyclopedia.com, entrée « Asháninka » (Worldmark Encyclopedia of Cultures and Daily Life) — cosmologie, esprits prenant forme animale, héros transformateur Avireri.
  3. Instituto Socioambiental, Povos Indígenas no Brasil, « Ashaninka » — pib.socioambiental.org — cosmologie et chamanisme, d'après Gerald Weiss (1969).
  4. Weiss, Gerald, The Cosmology of the Campa Indians of Eastern Peru, thèse, University of Michigan, 1969 ; cité par Brown, Michael F. & Fernández, Eduardo, War of Shadows: The Struggle for Utopia in the Peruvian Amazon, University of California Press, 1991 (introduction) pour « the earth will speak once again ».
  5. Medrano Osorio, R. A., Vilcas Baldeón, L. M., Valero Misari, E., Yangali Vargas, J. L., « Manifestaciones pedagógicas ancestrales en la cultura asháninka », Redalyc / Universidad Nacional Intercultural de la Selva Central — transmission des savoirs par l'oralité et la pratique communautaire, kametsa asaike (« bien vivre »).
  6. Institut Yorenka Tasorentsi (Benki Piyãko, communauté Apiwtxa, Acre, Brésil) — yorenkatasorentsi.org ; école « Yorenka Antame » (savoirs de la forêt) présentée sur naturerights.com (2013).

Sur le bain de forêt (Dr Qing Li, Department of Hygiene and Public Health, Nippon Medical School, Tokyo)

  1. Li Q. et al., « Forest bathing enhances human natural killer activity and expression of anti-cancer proteins », International Journal of Immunopathology and Pharmacology, 2007, 20(2 Suppl 2), 3-8.
  2. Li Q. et al., « Visiting a forest, but not a city, increases human natural killer activity and expression of anti-cancer proteins », International Journal of Immunopathology and Pharmacology, 2008, 21(1), 117-127.
  3. Li Q. et al., « A forest bathing trip increases human natural killer activity and expression of anti-cancer proteins in female subjects », Journal of Biological Regulators and Homeostatic Agents, 2008, 22(1), 45-55.
  4. Li Q. et al., « A day trip to a forest park increases human natural killer activity and the expression of anti-cancer proteins in male subjects », Journal of Biological Regulators and Homeostatic Agents, 2010, 24(2), 157-165.
  5. Li Q., « Effect of forest bathing trips on human immune function », Environmental Health and Preventive Medicine, 2010, 15(1), 9-17. doi:10.1007/s12199-008-0068-3 — revue de synthèse (persistance > 30 jours, phytoncides, adrénaline urinaire, groupe témoin en ville).
  6. Li Q. et al., « Effects of forest bathing (shinrin-yoku) on serotonin in serum, depressive symptoms and subjective sleep quality in middle-aged males », Environmental Health and Preventive Medicine, 2022, 27:44. doi:10.1265/ehpm.22-00136
  7. Li Q., Shinrin-Yoku: The Art and Science of Forest Bathing, Penguin Life, 2018 — traduction française : Shinrin Yoku. L'art et la science du bain de forêt, First Éditions, 2018.
  8. INFOM — International Society of Nature and Forest Medicine, fondée par Qing Li — infom.org

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